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09/08/2013

Citations de Fernand Pelloutier

Fernand Pelloutier

(1867-1901)

"Nous sommes des révoltés de toute les heures, des hommes vraiment sans Dieu, sans maître, sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est à dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même."


Issu d'une famille d'obédience monarchiste, Fernand-Léonce Emile Pelloutier naît à Paris le 1er Octobre 1867.
A l'âge de 12 ans, il quitte la capitale pour Saint-Nazaire où son père, fonctionnaire des postes, vient d'être nommé. Interne d'une pension religieuse, il tente deux fois de s'en échapper. Il en est définitivement chassé pour avoir écrit une violente diatribe anticléricale. Ses séminaristes voient déjà en lui un esprit insoumis, imbus d'idées subversives.
A 19 ans, ayant échoué au bac, il abandonne ses études et se lance dans le journalisme. Au sein de la "Démocratie de l'Ouest", journal de tendance républicaine-radicale, il fait campagne pour la candidature de son ami : Aristide Briand. En parallèle, il écrit dans plusieurs feuilles littéraires où ses talents de romancier sont reconnus de tous. En 1889, cependant, Pelloutier doit stopper net toute intervention journalistique et littéraire. La maladie qu'il a contracté étant enfant l'oblige en effet à se retirer deux ans à la campagne. Son état de santé est déjà inquiétant.
A son retour en 1892, tandis qu'il accepte de réintégrer la rédaction de la "Démocratie de l'ouest" ses idées ont néanmoins sensiblement évolué. Son républicanisme originel s'est mué en socialisme. Pelloutier adhère au Parti Ouvrier Français (P.O.F.) de Jules Guesde dont il crée la section locale : 'L'Emancipation". La même année, il est l'auteur avec Briand d'une brochure " De la révolution par la grève générale". De cet écrit allait dépendre l'évolution finale de Pelloutier vers le syndicalisme révolutionnaire. Inspiré par Joseph Tortelier, un ouvrier menuisier anarchiste, Pelloutier conçoit la grève générale "comme arme pacifique qui frappera le plus sûrement et le plus rapidement la féodalité capitaliste". Le refus de la violence peut s'expliquer par le souvenir sanglant de la Commune. Toujours est-il que Pelloutier confie aux bourses du travail le soin de collecter les fonds, le temps nécessaire pour les travailleurs de mettre la bourgeoisie aux abois.
Quoique naïf quant aux chances de faire triompher une action révolutionnaire par la simple asphyxie des possédants, cette idée n'en revêt pas moins un intérêt certain : celui de faire avancer dans la conscience collective des exploités l'idée de la grève générale expropriatrice comme méthode de lutte. Celle-ci triomphe au congrès de Tours et de Marseille, puisque des motions en faveur de ces propositions sont votées à l'unanimité.
Cette double victoire est synonyme de défait pour Jules Guesde qui depuis le début avait combattu cette méthode pour lui préférer" la conquête des pouvoirs publics". Le vote des deux congrès marque en tout cas une date importante pour le mouvement ouvrier : elle signifiait la remise en cause de la suprématie guesdiste. En même temps, Pelloutier rompait définitivement avec le POF.

Vers le syndicalisme d'action directe...

En 1893, Pelloutier se retrouve à Paris où il suit sa famille. Là, il se tourne vers les Allemanistes et les anarchistes dont les idées se rapprochent désormais des siennes. Il découvre l'écrivain libertaire Augustin Hamon, qui le met en relation avec Emile Pouget. Il collabore à divers revenues: "L'Aurore","L'art Social", mais aussi au "Journal du peuple" de Sébastien Faure.
Gagné aux idées anarchistes, Pelloutier redéfinit sa position initiale sur la grève générale. Au congrès de Nantes(1894), il précise sa pensée : pour triompher celle-ci ne sera pas nécessairement une grève généralisée. Pourvu qu'elles se concentre aux quelques branches industrielles stratégiques, elle désorganisera la production pour finalement paralyser l'appareil d'Etat et son corps répressif. Mais l'évolution notoire de sa pensée réside dans le fait qu'il n'envisage plus cette grève comme une simple "grève des bras croisés". Pour lui, le recours à l'offensive insurrectionnelle n'est plus banni, ne serait-ce que pour répondre à la phase contre-révolutionnaire que ne manquaient pas de lui imposer la réaction.
Mais à la différence des blanquistes pou qui la révolution n'est l'affaire que des seuls "révolutionnaires professionnels" auto proclamés "direction révolutionnaire", Pelloutier entend embrasser derrière elle la grande majorité de la population laborieuse.
Ultime évolution, Pelloutier dénonce dorénavant les grèves partielles comme coûteuses et stériles. Cette position sera communes aux syndicalistes révolutionnaires jusqu'à l'aube du XXéme siècle; et il faudra attendre l'arrivée de Grifuehles et de Pouget à la tête de la C.G.T. pour que le climat change. Alors, à condition d'être bien conduite, la grève partielle sera considérée comme "la meilleur des gymnastique révolutionnaires". Pelloutier est de plus en plus séduit par l'action syndicale. Mais s'il a théorisé la notion de grève générale, encore faut-il doter la classe ouvrière des moyens d'y parvenir.

Secrétaire de la fédération des bourses du travail.

Depuis 1892 se sont développées deux types de structures visant à réaliser l'unité prolétarienne :
- La Fédération Nationale des Syndicats, d'une part, à dominant guesdiste, elle groupe verticalement les syndicats par métiers.
- La Fédération des bourses du travail de France de l'autre, elle a pour vocation de rassembler horizontalement ville par ville les syndicats. A son origine, deux pôles rivaux du POF : Les Allemanistes du POSR et les blanquistes DU Comité révolutionnaire Centrale.
En 1895, Pelloutier est nommé secrétaire unique de la Fédération.
Sans entrer dans le détail des différents congrès qui se font suite, l'attitude de Pelloutier à l'égard u mouvement ouvrier est triple :
- Première tendance, c'est l'attention particulière qu'il attache à exclure du champ syndical les guesdistes et leur prétention hégémonique. Soucieux de l'unité du mouvement et de l'indépendance de celui-ci à l'encontre des "politiques", Pelloutier parvient à ses fins. Aux Congrès de Nantes (1894) et de Londres (1896), sa motion sur la grève générale est votée tandis qu'il porte sur les militants du POF un discrédit durable. Les apôtres d'un syndicalisme inféodé aux impératifs d'une pseudo "avant-garde" sont défaits.
- Deuxième tendance, c'est l'attitude plus que méfiante nourrie par Pelloutier envers la C.G.T.. Cette dernière née de l'unification des deux structures syndicales au congrès de Limoges (1895) impose une direction contraire aux vues du secrétaire de la Fédération des bourses. Partisan de la suprématie des bourses sur les syndicats de métiers, Pelloutier constate le peu de place qui leurs est consacrée dans l'organigramme de la nouvelle confédération. Cela, il ne peut le tolérer, d'autant que l'on ne nier chez lui un certain "patriotisme" d'organisation qui le rend des plus sectaires. Jusqu'à sa mort il affirmera l'autonomie de sa fédération vis à vis de la C.G.T..

- Troisième attitude, elle a trait au rôle qu'il joua en faveur de l'entrée des anarchistes dans les syndicats.Dans deux articles ("Lettre aux anarchistes" et "L'anarchisme et les syndicats ouvriers") il dressait un bilan sans complaisance de l'action militante des libertaires.
En pleine période "bombiste" (1892-1894), il avait condamné " les gesticulations irresponsables de la secte ravacholienne". En même temps, il dénonçait les discussions "byzantines" des courants multiples et variés du mouvement libertaire qui en sclérosaient l'implication au coeur de la lutte des classes. Pour lui, l'heure n'était plus aux attentats individuels et désespérés, et encore moins aux discussions de salon. L'heure était à l'action militante au sein des masses, d'autant que celles-ci étaient ouvertes aux idées anti-autoritaires depuis l'éviction des guesdistes.

Organisation, éducation et action syndicale.

A la tête de la fédération, Pelloutier s'adonne à un travail sans relâche de construction. Sous son secrétariat, le nombre de bourses ne cesse de croître : pour 33 en 1894, on en compte 81 en 1901. C'est que ces bourses, par leur vocation et leur fonction, apparaissent aux yeux des exploités bien plus efficaces et complètes que les simples syndicats de métier. Pour Pelloutier les bourses du travail sont l'expression du syndicalisme intégral.
Conçues comme des organisations de solidarité, les bourses sont dotées de divers services de mutualités : bureaux de placement, caisses de solidarité, caisses de maladie, chômage, décès...
le but étant de fournir à la classe ouvrière des institutions propres, indépendantes de l'État, ces services habituent les travailleurs à ne compter que sur eux-mêmes.
Enfin la bourse par son rôle de résistance et d'apprentissage de la solidarité est le pont idéal entre revendication immédiate et espérances de demain. Pelloutier insiste sur l'usage de l'outil statistique qui permettra aux ouvriers dans la société post-capitaliste de, non seulement appréhender les besoins, mais aussi de contrôler et d'organiser l'échange des produits. Et pour avoir été "une école d'économie sociale", les bourses en seront les agents de base de production.
Aux idées de fédéralisme, de libre association ou encore d'autogestion ouvrière s'opposent viscéralement les conceptions autoritaires des guesdistes. Rien en tout cas chez Pelloutier et les Socialistes Révolutionnaires n'évoque la "geôle collectiviste" de l'État soi disant ouvrier dans laquelle Guesde entend enfermer et asservir le prolétariat. Et à la conquête des pouvoirs publics Pelloutier répond par l'action directe et autonome des opprimés.

"Instruire pour révolter"

Mais pour prétendre un jour se passer d'un gouvernement et d'un État, la classe ouvrière se doit d'être éduquée. Partant du constat qu'il lui manque " la science de son malheur", Pelloutier insiste sur la nécessité de son auto-éducation, condition sine qua non pour " susciter en elle la révolte".
Les bourses se voient ainsi dotées de bibliothèques où les ouvrages les plus divers "rivalisent de génie" : Smith, Marx, Proudhon , Kropotkine, Zola, Bakounine. Des cours élémentaires et professionnels sont mis en place afin de lutter contre la déqualification dont est victime le travailleur. Enfin Pelloutier, à travers son "Ouvrier des deux mondes" propose aux exploités un organe militant leur permettant de lutter à armes égales contre la bourgeoisie sur le terrain spécifique de l'analyse économique.
Mêmes soucis pédagogiques dans son ouvrage " La vie ouvrière en France" qui dresse un tableau sombre de la condition de la population laborieuse. Pelloutier est notamment amené à s'interroger sur la revendication du temps de travail, la condition des femmes et la surexploitation dont elles sont victimes, la mortalité, l'alcoolisme.. Inlassable dévoué à la cause révolutionnaire, Pelloutier voit son oeuvre injustement récompensée.
Obligé de cesser la publication de l'ouvrier des deux mondes, il désespère d'offrir aux travailleurs une revue digne de ce nom. Malade et confiné à la plus extrême précarité, il vit que des 100 francs par mois qu'il reçoit de la Fédération. Il ne doit son salut temporaire qu'a l'aide de son vieil ami Georges Sorel qui lui trouve un emploi à l'office du travail.
Décrié, critiqué, insulté par ses anciens collaborateurs qui lui reproche de s'être vendu à un organisme dépendant du ministère du travail, Pelloutier meurt le 13 Mars 1901.
Avant tout "âme d'un constructeur", père du syndicalisme d'action directe, Pelloutier ne reniera jamais ses idées.

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